Le premier contact avec la matière est une véritable prise de connaissance, un temps d'observation, d'analyse. Puis une première impression se dégage, on a envie d'aller plus loin, de faire un bout de chemin ensemble.
Alors, ça y est, la terre choisie, l'aventure peut commencer ! Mais, avant de commencer à sculpter, je me mets en condition :
je revêts mes vêtements de sculpteur, je deviens sculpteur, mon atelier doit être dégagé, et mes outils doivent être propres, débarrassés de toute trace des précédents modelages pour accueillir le plus légèrement possible le nouveau travail.
Mais comment démarrer ? comment faire pour que notre pépite s'exprime ? Les débuts sont souvent pleins de prudence, de tâtonnements, on observe les réactions de la terre, on essaie de comprendre, on rebondit, on avance ensemble, librement, pour voir quel chemin prendre, quelle voie creuser. Souvent le résultat ne correspond pas à l'idée de départ. On apprend à observer la terre, à l'accompagner dans son évolution, à l'accepter telle qu'elle est, telle qu'elle chemine, à respecter ses qualités propres et dynamiques.
La terre commence à prendre forme, je la malaxe, la tourne, la retourne, je travaille à l'aide d'une mirette ou d'un ébauchoir sur une face, puis sur une autre, puis sur un détail, je reviens sur le travail initial. Certaines formes commencent à apparaître. Je me recule pour mieux la voir.
Chaque geste entraîne une réponse qui à son tour influence le geste suivant.

La recherche d'équilibre, de justesse est constante : équilibre des formes, équilibre dans l'espace, équilibre intérieur.
C'est un échange permanent entre le sculpteur et la matière où le dialogue n'est pas connu d'avance.
Je tourne autour de la sculpture, je la fais pivoter sur la selle, je la déplace pour avoir un autre point de vue. Enfin, je la prends en photo, afin de prendre davantage de recul, de l'observer sous un autre angle. La prise de vue me permet souvent de voir des détails que je ne voyais pas auparavant sur la sculpture, que pourtant j'avais sous les yeux.
Et tout ceci peut durer des semaines !
Lorsque la sculpture est modelée, évidée et séchée, elle va connaître l'épreuve du feu dans le four.
L'ouverture du four, après toutes ces semaines de travail, est un moment magique, fait de crainte, de fébrilité, et d'impatience. Comment s'est passée cette épreuve du feu ? Quel va être le résultat ? Car la cuisson change aussi l'aspect d'une pièce : en taille, en couleur, en texture.
Enfin, elle apparaît au grand jour, différente, mais c'est bien elle, prête à vivre sa vie, avec une existence propre !
Elle est passée par beaucoup d'états, elle n'a plus besoin du sculpteur. Elle va pouvoir quitter le cocon de l'atelier, s'exposer au grand jour et continuer sa vie en toute indépendance.

 

BMcC